Dossier du 24/02/2010 à 10:33
Un chauffeur se dit victime d'un problème technique à la suite d'un accident
Jacques Degruson, chauffeur de bus chez Artis, se dit victime d'un accident inexpliqué. Il évoque une théorie : le moteur de son véhicule se serait emballé.㤰

«C'est un phénomène spectaculaire, le bus part comme une fusée !» Jacques Degruson n'est pas prêt d'oublier cet accident. Le 18 janvier dernier, le bus qu'il conduisait a violemment heurté un autre véhicule de transport en commun, en gare routière d'Arras. Des dégâts matériels importants, heureusement pas de victime.
Aujourd'hui, le chauffeur de bus chez Artis est à la recherche de réponses. Il veut des certitudes sur les raisons qui ont propulsé son véhicule, au démarrage. Car selon lui, le bus était incontrôlable. L'homme émet une hypothèse : le moteur se serait emballé. Une défaillance technique que réfute la société Artis. Pourtant, cet incident ne serait pas le premier du genre.
Jacques Degruson l'affirme : il ne s'agit pas d'alerter les usagers, pour dissimuler une erreur humaine. Le 18 janvier, son bus aurait été hors de contrôle, une fraction de seconde. Un cas de figure qu'il n'avait jamais rencontré, en 20 ans de service à Arras, en tant que conducteur-receveur.
Le salarié d'Artis revient sur les faits. «C'était un matin, vers 9h. J'étais à la gare routière, au quai B. J'ai voulu me garer, mais l'arrière d'un autre bus dépassait d'un mètre. J'ai déplacé ce dernier, pour revenir au volant du mien. J'avais un passager.» C'est au démarrage que s'est produit le choc. «J'ai appliqué toutes les mesures de sécurité : enlever le frein de park, vérifier les rétros, ... J'ai fermé la porte, donné un petit coup d'accélérateur pour libérer le frein de sécurité.» Et là, c'est la stupéfaction : «quasi instantanément, j'ai frappé le bus devant moi. J'ai été propulsé sur un mètre, l'autre bus également. Quand j'ai remis le frein de park, je n'arrivais plus à couper le moteur. Il était toujours emballé, en plein régime, il ne s'est pas arrêté tout de suite.»

«Comment un bus de 15t peut-il aller plus vite au démarrage qu'une Porshe ?»

«Secoué», Jacques Degruson n'a pas su immédiatement analyser la situation. Depuis, il ne cesse de ressasser cet épisode. «J'en ai pas dormi de la nuit ! C'était impressionnant : comment un bus de 15 tonnes pouvait-il aller plus vite au démarrage qu'une Porshe ?»
L'accident lui a vite rappelé un précédent. Jacques Degruson s'est mis à dresser un parallèle avec un incident, survenu un mois plus tôt, dans cette même gare routière. Une jeune femme était alors au volant. Elle s'apprêtait à quitter son emplacement, après avoir fait monter les passagers. D'un coup, le bus a fait un bond en avant. «Il est monté sur le quai de 35 cm de haut, a percuté et écrasé un banc, tapé dans un bus avant de s'arrêter sur un poteau qui maintient la toiture», énumère Jacques Degruson.
Fin janvier, l'homme a fait le rapprochement avec un phénomène qu'il dit connaître : l'emballement du moteur. «Je suis dieseliste de formation. Avant, j'étais sous-officier et chef d'atelier d'engins spéciaux. Ce qui me permet aujourd'hui de faire une analyse.»
Jaques Degruson a sa théorie : les deux bus accidentés auraient été victimes d'un emballement du moteur.  «J'ai vérifié si cela pouvait arriver avec ce genre de véhicule. Je suis tombé sur des articles traitant de ce phénomène avec des bus à Reims.»
Après des renseignements pris auprès de formateurs au CFA d'Arras, Jacques Degruson a étayé son scénario. «Je pense que l'emballement est dû à une brève combustion d'huile dans le moteur», envisage t-il. Mais comment imaginer la présence d'un tel liquide ? «L'huile provient sûrement d'un trop-plein, et elle est arrivée jusqu'à la boîte à air. Quand celle-ci déborde, ça va directement vers la chambre de combustion. L'huile est avalée par le moteur, qui s'emballe.»
Un technicien de Kéolis (société de transport dont Artis est la filiale) a inspecté le véhicule après l'accident et n'a pas pu démontrer la théorie de Jacques Degruson. Au contraire, il a affirmé que le moteur du bus était en parfait état de marche. «C'est normal, si rien n'a été trouvé», se défend Jacques Degruson.  «Il n'y a plus de trace d'huile dans le moteur après combustion. Il faudrait vérifier la boîte à air, le turbo et qu'il n'y ait pas de fuites au niveau de l'axe.»
Aujourd'hui, Jacques Degruson veut faire part de son inquiétude. Non pas pour attirer l'attention sur sa situation (il est passible d'une sanction disciplinaire et actuellement en arrêt de travail pour autre cause).
«J'ai ma conscience pour moi», conclut-il, excluant l'erreur humaine et invoquant le «droit d'alerte». Avant tout, le chauffeur de bus souhaiterait qu'une expertise soit menée en détails, pour vérifier s'il y a eu ou non emballement du moteur.



Article rédigé par :
Cécile Vizier

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